Sélections de la Revue des Colonies (juillet 1834, juillet 1835)

du prospectus au projet de loi pour l’abolition immédiate

Maria Beliaeva Solomon, University of Maryland

DOI: 10.55520/5M5YRJS2 | Scholarly Editing, Volume 40
Edition Contents

La Revue des Colonies – par son titre complet, Recueil mensuel de la politique, de l’administration, de la justice, de l’instruction et des mœurs coloniales par une société d’hommes de couleur –est de fait la première publication périodique en France à avoir été dirigée par des personnes de couleur. Fondée en 1834 par Cyrille Bissette, homme libre de couleur et abolitionniste martiniquais exilé à Paris, elle avait pour vocation explicite de promouvoir la cause des « sans-droits » à une échelle globale, à travers l’ensemble de l’empire colonial français, sans oublier les territoires coloniaux britanniques ainsi que les États-Unis et Haïti.

Publiée mensuellement, avec des interruptions occasionnelles jusqu’en 1842, la Revue des Colonies offrait à ses lecteurs un inventaire détaillé de l’actualité se rapportant aux colonies françaises ou étrangères, diffusait pétitions et projets de lois à visée émancipatrice, et mettait systématiquement en cause les abus des administrateurs coloniaux et la collusion des planteurs avec le gouvernement métropolitain, au reflet du combat personnel des éditeurs et du directeur pour la reconnaissance politique des hommes de couleur libres.

De manière plus radicale, la Revue a joué un rôle important dans l’accession à la seconde abolition, menant campagne auprès des parlementaires metropolitains pour faire adopter une abolition immédiate des années avant que les membres de la Société française pour l’abolition de l’esclavage, Victor Schoelcher y compris, ne défendent cette position.1

S’inscrivant dans la vogue des revues mondaines par son format et sa composition2, la Revue a également mis en œuvre des stratégies éditoriales novatrices — feuilletons, chroniques, annonces de parution, illustrations — dans le but de promouvoir les intérêts et les apports culturels de la diaspora afrodescendante et de ses alliés, publiant chroniques, poèmes et fictions par un vaste réseau de correspondants.

Aujourd’hui méconnue hormis de rares sélections rééditées3, la Revue demeure une source fondamentale pour mieux comprendre les rapports complexes entre identités métropolitaines, coloniales, nationales et raciales ; le rôle de la presse périodique comme vecteur de changement politique et social ; et l’évolution des rapports de pouvoir entre différents acteurs coloniaux et métropolitains, entre les deux abolitions.

La présente micro-édition a donc pour objectif de contribuer à la pérennité de la Revue en mettant à disposition d’un large public une sélection et une traduction anglaise d’articles annotés, en accès libre. Ce faisant, elle prend modèle sur les travaux d’édition numérique de textes rares entrepris par des chercheurs comme Guillaume Pinson et Marie-Ève Thérenty, à l’origine de la plateforme scientifique Médias 19 restituant la culture médiatique du XIXème siècle ; ou bien de Marlene Daut dont l’édition numérique de La Gazette Royale d’Hayti s’appuie sur un engagement « à la fois dans la préservation et l’institutionnalisation de manière à faciliter l’accessibilité plutôt que le maintien [des documents] dans des infrastructures payantes »4.

Comprenant une sélection d’articles de la première livraison du premier volume de la Revue des Colonies (juillet 1834) et de celle du second volume (juillet 1835), la présente édition vise elle aussi à donner un accès direct à une source essentielle mais difficile d’accès, en revenant, tout d’abord, sur le discours que la Revue a pu produire sur elle-même et sur les réalités politiques, matérielles et juridiques qui ont donné l’impulsion à sa fondation. La sélection du numéro de juillet 1834 comprend ainsi le « Prospectus » de la Revue et une « Déclaration de Principes » qui s’appuie sur l’héritage de la pensée du droit naturel de la Révolution de 1789 en reproduisant la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, suivis d’un article intitulé « Coup d’oeil sur le régime colonial et ses effets » critiquant le système esclavagiste, les abus des planteurs blancs et l’exclusion des « hommes de couleurs libres » de la vie civique des colonies. La sélection du numéro de juillet 1835 comprend un projet d’abolition complète et immédiate de l’esclavage accompagné d’une description des mesures sociales et économiques devant compléter et soutenir la réforme proposée.

Ces articles constituent un point de départ logique pour l’étude de la Revue, donnant un aperçu de ses engagements émancipateurs comme de sa composition hétérogène. Leur numérisation et leur traduction, ainsi que les annotations bilingues qui les accompagnent, répondent à un double enjeu : d’une part, la mise à disposition d’un patrimoine historique invisibilisé pour un lectorat international et diversifié, et d’autre part, la contextualisation et la mise en résonance des textes les uns avec les autres afin de mieux les replacer au sein de problématiques contemporaines et d’en faciliter l’interprétation. Ce travail de restitution ne constitue par ailleurs, en aucun cas, un acte de « découverte » archivistique, mais prolonge au contraire les travaux entrepris par des générations de chercheurs répartis sur plusieurs continents, qui ont contribué à notre compréhension de la Revue en y apportant d’importants éléments d’analyse et de contextualisation5.

Cette micro-édition en libre accès et l’appareil critique qui l’accompagne s’inscrivent ainsi dans le développement croissant des recherches sur l’esclavage et son abolition, sur la place des Afrodescendants dans les transformations politiques et culturelles au XIXème siècle, sur l’entrée en modernité médiatique à la même période, ainsi que, plus généralement, sur les épistémologies de la production numérique des connaissances. En effet, alors même que leur nombre ne cesse d’augmenter, les initiatives de numérisation des archives écrites risquent de reproduire les modèles et canons dominants en amplifiant certaines relations de pouvoir asymétriques. La présente édition cherche à résister à cette tendance en contribuant à l’inclusion dans l’archivage numérique, d’un ensemble de textes historiquement marginalisés dans toute leur portée subversive. En ce sens, elle se fonde sur une conception de l’outil numérique comme « technologie de restitution », selon l’expression de Kim Gallon6, et prend modèle sur l’approche énoncée, entre autres, par Roopika Risam et Kelly Baker Joseph dans leur introduction à Digital Black Atlantic, donnant à voir la manière dont les communautés Noires dans l’espace atlantique ont utilisé les possibilités offertes par la technologie pour affirmer leur humanité, leur histoire, leurs connaissances et leur expertise7.

En mettant en lumière la façon, aussi originale que novatrice, dont les éditeurs de la Revue ont su mettre au service de l’émancipation tout un ensemble de stratégies et procédés médiatiques neufs, cette édition cherche à contrer tant l’invisibilisation des auteurs, éditeurs et publicistes de couleur du paysage médiatique du XIXème siècle, qu’une vision du mouvement antiesclavagiste français magnifiant les engagements de philanthropes métropolitains, au détriment de la lutte menée par les afrodescendants eux-mêmes, que ce soit par le soulèvement, le marronage, les actes de resistance ou l’activisme, en l’occurence, médiatique8. C’est donc une partie négligée de l’histoire de l’abolition, comme de l’histoire des médias, que cette édition entend restituer.

§Contexte historique et médiatique

Le XIXème siècle est marqué par la croissance exponentielle du nombre d’abonnés aux journaux, faisant de la presse le vecteur principal du discours politique et culturel9. La culture de l’imprimé, et plus particulièrement les réseaux de diffusion et de lectorat, forment la base d’une « communauté imaginée », selon la formulation de Benedict Anderson, de l’État-nation moderne10. Plus récemment, Dominique Kalifa, Alain Vaillant, Philippe Regnier et Marie-Ève Thérenty ont qualifié la France du XIXème siècle de « civilisation du journal » soulignant ainsi la place centrale occupée par la culture de l’imprimé dans les transformations sociales et les multiples révolutions de l’époque11.

Au cours de la première moitié du XIXème siècle, l’évolution parallèle de la presse et du mouvement antiesclavagiste sont des phénomènes étroitement liés. En effet, les événements de juillet 1830 qui mettent fin à la Restauration et favorisent un renouveau des engagements émancipateurs, ont pour origine la mobilisation des milieux politiques libéraux face aux ordonnances de Charles X, dont la plus importante suspendait la liberté de la presse périodique. Si le régime de Louis-Philippe rétablit la liberté de presse et prohibe constitutionnellement la censure, il maintient néanmoins le contrôle des imprimés circulant sur la voie publique. Ces dispositions répressives entraînent une évolution des supports médiatiques qui, cherchant à contourner les nombreux délits d’opinion, font évoluer leur format et leurs modalités de diffusion. Cette époque, dont il a pu être dit qu’elle est « – sans emballement – celle des revues »12, est marquée par un foisonnement éditorial et une inventivité sans précédent quant à la matérialité du recueil périodique et sa composition, qui devient de plus en plus hétérogène. C’est dans ce contexte que sont fondés deux importants périodiques parisiens servant de modèle à la Revue des Colonies — La Revue des Deux Mondes et La Revue de Paris, qui s’adressent toutes deux à un public parisien et lettré.

Les années 1830–1840, marquant à la fois l’entrée dans une nouvelle « ère médiatique »13 et un tournant dans l’expansion de l’empire colonial français avec le début de la présence française en Algérie, voient l’émergence d’une presse périodique plus que jamais chargée de marquer l’appartenance d’identités métropolitaines et coloniales diverses à un même empire. Que ce soit aux Antilles, aux Mascareignes ou en Algérie, la presse compte en effet parmi les premières infrastructures mises en place sur les territoires colonisés les ralliant à la métropole, et fait donc pleinement partie de l’arsenal de conquête coloniale14.

Aussi, parallèlement à cette construction médiatique de l’Empire colonial français, la presse périodique a-t-elle soin d’enregistrer l’évolution des rapports de pouvoir entre différents acteurs métropolitains et coloniaux. Or, dès 1830, ces rapports de pouvoir connaissent une évolution rapide, notamment grâce aux polémiques soulevées autour du statut des diverses populations coloniales — personnes esclavisées, « libres de couleur » et planteurs blancs. Si la loi du 24 avril 1833 la loi « concernant l’exercice des Droits civils et des Droits politiques dans les colonies » accordait la pleine citoyenneté aux hommes de couleur libres, les qualifications foncières et fiscales nécessaires pour exercer ces droits les rendent inaccessibles à la vaste majorité. De plus, les conseils coloniaux institués par la loi « concernant le régime législatif des colonies » promulguée le même jour, laissent entre les mains des colons blancs l’administration locale des territoires, de la presse, de la police, ainsi que l’encadrement juridique de la condition des « personnes non libres », notamment les modalités d’affranchissement15.

Ce décalage manifeste entre les idéaux égalitaires promulgués par la Révolution de 1789 et réaffirmés en 1830 et 1833 et la persistance des hiérarchies socio-raciales aux colonies suscite l’indignation de la population de couleur libre, comme en attestent les propos de Bissette dans le « Coup d’œil sur le régime colonial et ses effets » paru au premier numéro de la Revue :

Est-il rien de plus perfide, je dirai même de plus odieusement ironique que de concéder ainsi le droit en interdisant les moyens. N’eût-il pas été plus vrai de déclarer franchement que les blancs seuls seraient électeurs ?16

C’est sous la double-impulsion de la déception que provoque la loi d’avril 1833, conjointement à l’entrée en vigueur, à partir du 1er août 1834, de l’Abolition Act britannique, que naît la Revue des Colonies, devançant de plusieurs mois la création de la Société Française pour l’Abolition de l’Esclavage.

§1834–1835 : de la contestation à la revendication

Dès la première livraison, en juillet 1834, la Revue se revendique porte-parole d’une « société d’hommes de couleur ». Ce geste d’auto-légitimation courant dans la littérature médiatique de l’époque est surtout ici une manière de souligner l’importance, démographique comme politique, du groupe écarté de la citoyenneté par le préjugé de couleur et les administrations coloniales. À noter que l’expression « hommes de couleur » n’a depuis les lois d’avril 1833, a priori, aucune valeur juridique17. Or, les membres de la « société » à l’origine du périodique — Bissette et au moins deux de ses coauteurs pour un certain nombre de pétitions, Louis Fabien fils et Mondésir Richard, se revendiquent devant les autorités métropolitaines comme « mandataires des hommes de couleur » de la Martinique et de la Guadeloupe, respectivement. La désignation de « mandataires » comme la présence, sur la page de titre, de la « société d’hommes de couleur », disparaissent cependant assez rapidement des livraisons ultérieures.

Si la Revue s’engage à traiter avec le plus grand soin la « grande question de l’abolition de l’esclavage, pierre fondamentale de la liberté », sa mission principale demeure cependant, à en croire le « Prospectus » qui ouvre le premier numéro, « la fusion désirable des populations diverses des colonies » afin d’assurer « les intérêts politiques, intellectuels, moraux et industriels des colons des deux couleurs »18. Il faut signaler, à la suite de Sara Johnson, que si la Revue est résolument abolitionniste, elle n’en est pas pour autant décoloniale, aspirant à réformer le système colonial plutôt que de l’abolir19. Aussi, la notion de « fusion », qui fera l’objet d’un article dans la livraison de décembre 1834, appelle-t-elle au nivellement de la hiérarchie socio-raciale des colonies par le métissage, dont Bissette et ses associés forment le modèle implicite. Cette solution quelque peu utopique, voire « excessivement simpliste » comme a pu la caractériser Chris Bongie, demeure néanmoins ancrée, comme l’a montré Daut, dans la conscience intime, pour la « société d’hommes de couleur » à son origine, des rapports de force inégalitaires que l’idée de fusion raciale a pu signifier, en pratique, dans le cadre colonial20. Ces premières pages font ainsi apparaître le fragile et douloureux équilibre d’une politique éditoriale prise entre militantisme et conciliation.

La prudence de ce commencement s’explique, du reste, par les tribulations qu’a connues son rédacteur, célèbre victime du préjugé de couleur colonial. Arrêté en 1823 pour colportage d’écrits séditieux avec plusieurs autres propriétaires de couleur, dont Louis Fabien fils, Bissette est marqué au fer et condamné aux galères à perpétuité. La dénommée affaire Bissette provoque, par ailleurs, la déportation de Martinique de plusieurs centaines de personnes, soit la majeure partie de l’élite de couleur libre de l’île21. Une fois sa peine réduite en cassation à dix années de bannissement, Bissette, installé à Paris, mène campagne pour l’égalité civile et politique de la population de couleur des colonies directement auprès du gouvernement métropolitain.

Cette démarche parlementaire est reflétée dans la « Déclaration de Principes » de la Revue, qui situe les engagements émancipateurs de celle-ci dans le prolongement direct de la pensée du droit naturel et de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, réimprimée dans son intégralité. L’invocation de l’héritage révolutionnaire par la réimpression d’un texte fondateur antérieur à la distinction juridique entre métropole et colonie qui a permis le rétablissement de l’esclavage par Napoléon en 1802, constitue, de fait, un appel aux fondements libéraux de la monarchie de Juillet.

Quant au « Coup d’œil sur le régime colonial est ses effets » qui suit la « Déclaration de Principes », il illustre les propos des deux articles précédents en proposant un échantillon illustratif de l’inefficacité des mesures légales existantes à freiner la traite ou à garantir de manière significative les droits des personnes de couleur libres. Bissette y dénonce les injustices endémiques de la société coloniale, régie par ce qu’il appelle la « noblesse » ou « l’aristocratie de peau », à travers laquelle le système de noblesse généalogique momentanément suspendu par la Révolution se traduit aux colonies par une hiérarchie socio-raciale encore moins légitime, et dénoncée comme « absurde ». Si Bissette se montre impitoyable à l’égard des élites coloniales, il a soin de ne jamais mettre en accusation directement le régime métropolitain, exhibant au contraire les abus de la plantocratie comme une menace à l’intérêt national. La conclusion de l’article se montre toutefois bien autrement prolixe quant à la fonction assignée à la Revue par son fondateur et directeur :

Ah ! si quelque jour une plume éloquente déchirant le voile funèbre qui couvre nos colonies, retraçait l’histoire de la domination des possesseurs d’hommes ; si elle évoquait du fond de leur tombeau les tristes victimes qui chaque jour y sont entassées, jamais contrée souillée par la tyrannie n’offrirait de pages aussi horribles22.

Quelque timides que puissent paraître ces commencements, la Revue se radicalise sensiblement au cours des livraisons suivantes, passant de critiques tempérées à des revendications claires et urgentes. C’est ainsi qu’en juillet 1835, soit un an après son lancement, la Revue, à présent éditée avec un frontispice antiesclavagiste sur sa page de titre23, concrétise sa position antiesclavagiste en un ensemble de propositions inspirées de « l’indépendance de Saint-Domingue [et de] ce qui vient d’être organisé aux colonies anglaises, à savoir : l’affranchissement des noirs et le travail libre » revendiqué au nom des principes et de la nécessité « selon une loi de justice et de réparation, dans le plus bref délai »24. Par sa portée complète et immédiate, la loi proposée par Bissette s’oppose donc au projet de libération gradualiste par rachat proposé par la Société Française pour l’Abolition de l’Esclavage en juillet 1834, ou bien encore de l’Abolition Act britannique qui accordait un affranchissement graduel, avec une période d’« apprentissage » obligatoire, aux quelques 770000 personnes esclavisées de l’empire colonial britannique25. L’émancipation y est, par ailleurs, accompagnée d’un ensemble d’initiatives sociales et économiques visant à en assurer le succès, dont, par exemple, une réglementation centrale des salaires des cultivateurs et l’instruction gratuite et obligatoire jusqu’à l’âge de 21 ans.

Si le texte du projet de loi campe toujours sa rhétorique émancipatrice dans l’héritage révolutionnaire, avec plusieurs articles renvoyant de manière explicite à ceux de la Déclaration des droits de l’homme réimprimée dans les pages de la Revue un an auparavant, son discours est en juillet 1835 traversé par la référence à la Révolution Haïtienne, traitée elle aussi de manière tout à fait remarquable. En effet, l’ancienne colonie de Saint-Domingue, devenue Haïti en 1804 au terme de treize années de conflit armé intermittent avec la France, est encore majoritairement convoquée, sous la Monarchie de Juillet, comme un argument pour étendre l’autorité coloniale et limiter la liberté des personnes de couleur26. La Revue, cependant, n’hésite pas à acclamer l’indépendance de la nouvelle nation souveraine dans un éloge d’autant plus exceptionnel qu’il incrimine de manière explicite les nations européennes colonisatrices :

Les noirs demeurèrent maîtres du sol, et y jetèrent les fondements de l’état social dont ils jouissent aujourd’hui, état social fort supérieur à celui de beaucoup de nations européennes prétendues civilisées 27.

Le soutien que la Revue apporte à Haïti tout au long de son tirage ne se limite d’ailleurs pas à l’apologie de ses principes fondateurs. Outre la place importante accordée aux nouvelles et affaires haïtiennes, le périodique publie également les écrits d’auteurs tels que Coriolan Ardouin, Ignace Nau et Beauvais Lespinasse. Dès 1835, c’est-à-dire, comme l’a noté Anna Brickhouse, suite à la censure imposée par le gouvernement Boyer, les auteurs du Cénacle haïtien se tournent vers la Revue, pour promouvoir leurs intérêts et apports culturels auprès d’un public divisé, voire hostile 28.

En effet, si les objectifs émancipateurs de la Revue auraient naturellement tendance à lui attacher un lectorat libéral, son objectif étant, avant tout, de sensibiliser les élites métropolitaines et coloniales à la cause abolitionniste, cette démarche aussi médiatiquement ingénieuse que politiquement paradoxale lui vaut une impopularité persistante. De fait, si son tirage n’est pas facile à évaluer en l’absence d’archives éditoriales, il est encore plus difficile d’en estimer le nombre d’abonnés. Bissette, dans sa correspondance privée, en évoque environ 250, nombre remarquablement faible compte tenu de la vaste étendue géographique de sa circulation dans l’espace colonial français, mais aussi britannique, sans oublier les territoires, anciennement marqués par la présence française comme les États-Unis et Haïti. Comme le note Kelly Duke Bryant, cependant, le lectorat réel de la Revue était sans aucun doute bien supérieur à celui suggéré par les chiffres des abonnements, à cause du risque réel de poursuites en justice que l’abonnement à la Revue pouvait présenter, selon les territoires29. Ainsi, dans le cas de Louis-Timagène Houat, les numéros de la Revue prélevés lors d’une perquisition ont servi à justifier son arrestation par les autorités réunionnaises30.

Objet médiatique remarquable, autant par ses engagements que par sa composition et son vaste réseau de correspondants et de lecteurs coloniaux et internationaux, la Revue a été, du début à la fin, la cible de persécutions incessantes de la part des administrations et élites coloniales : la première livraison est ainsi l’occasion d’une poursuite en justice pour diffamation par un planteur courroucé, les frais des divers procès constituent une entrave permanente à la Revue, causant plusieurs interruptions du tirage jusqu’à son arrêt définitif en 1842. Bissette publiera brièvement un autre périodique mensuel, la Revue Abolitioniste [sic], mais sa carrière de publiciste et pamphlétaire est, dès 1842, largement occultée par son conflit avec Victor Schoelcher — conflit qui le tient à l’écart des démarches aboutissant à l’abolition de 1848. Il est néanmoins difficile de concevoir la période entre les deux abolitions, et l’évolution progressive de l’opinion publique autant que des débats parlementaires, sans son militantisme et le rôle fondamental qu’y a joué la Revue des Colonies en son temps. L’un des principaux objectifs de cette micro-édition est donc de contribuer à la pérennité de la Revue des Colonies dans les archives historiques et de participer ainsi à son propre engagement à rendre plus visible l’histoire coloniale et ses innombrables injustices.

§Aspects techniques de la micro-édition

Les choix éditoriaux de cette micro-édition ont été principalement motivés par des questions d’accessibilité et de lisibilité. Il s’agit, en premier lieu, de mettre une sélection d’articles représentatifs de l’ensemble de la Revue et de ses engagements à disposition de publics divers — chercheurs, étudiants, amateurs érudits, francophones ou anglophones, spécialistes ou lecteurs n’ayant pas eu précédemment l’occasion de se confronter à cette source. À cette fin, il a semblé important de proposer une version accessible à tous, en modernisant l’orthographe et l’accentuation de la version originale, qui présente, notamment, des variantes archaïques antérieures à la réforme orthographique de 1835. Cette version reste toutefois disponible parmi les différentes modalités de lecture proposées.

Conçue pour faciliter l’analyse des articles sélectionnés, la micro-édition propose plusieurs modes de lecture : articles retranscrits en orthographe modernisée ou d’origine, traductions anglaises, lecture synoptique permettant de visualiser côte à côte les articles de juillet 1834 et juillet 1835. Ce troisième mode vise à faciliter la lecture comparative des articles, notamment de la « Déclaration de principes » de la première livraison et du projet de loi sur l’abolition de juillet 1835, permettant de mesurer l’évolution du projet politique de la Revue au terme de sa première année de publication. Le mode de lecture synoptique invite ainsi le lecteur à considérer les parallèles entre les deux livraisons sous le double éclairage de la cohérence et du renouvellement de leur rhétorique. Les reproductions numérisées des folios de la Revue sont déroulables en cliquant sur la barre minimisée marquant le changement des pages. Ces reproductions ont été mises à disposition du projet grâce à l’aimable soutien du Schomburg Center for Research in Black Culture de la New York Public Library et de la Bibliothèque nationale de France.

Afin de faciliter la compréhension et de restituer au mieux les conditions politiques et matérielles de la Revue, des annotations accompagnées de références bibliographiques précises ont été ajoutées. Disponibles en français ou en anglais, celles-ci se répartissent en deux catégories principales : les notices, qui peuvent être consultées à chaque première mention d’un individu ou d’un lieu donné, et les commentaires au fil du texte, qui proposent une contextualisation historique, culturelle ou une interprétation du texte. La version anglaise comprend également des notes de traduction visant à éclairer les choix rhétoriques et les arguments qui distinguent la Revue dans le paysage médiatique de son temps. L’intention des annotations est de placer le lecteur contemporain dans une position proche du public visé par la Revue, pour qui la caractérisation des événements contemporains et historiques reflétait de manière plus ou moins transparente la position politique des auteurs des articles.

Cette édition a été encodée conformément aux directives P5 de la Text Encoding Initiative (TEI). Les articles extraits des deux numéros, ainsi que leur traduction, ont été retranscrits chacun dans leur fichier TEI respectif. Ces fichiers, ainsi que les fichiers liés à la customisation spécifique de l’édition, peuvent être consultés et téléchargés en cliquant sur l’icône TEI dans le coin inférieur droit de la page.

§Remerciements

Les recherches effectuées pour cette micro-édition bilingue ont été menées grâce au soutien du College of Arts and Humanities de l’Université du Maryland, de la Bibliographical Society of America et du Schomburg Center for Research in Black Culture de la New York Public Library. Je suis particulièrement redevable aux archivistes et bibliothécaires de la Bibliothèque nationale de France et du Schomburg Center pour leur aide à la consultation des exemplaires originaux de la Revue. Ma sincère reconnaissance va à l’équipe de rédaction de Scholarly Editing, et en particulier au rédacteur technique Raffaele Viglianti, pour sa patience et son aide à la réalisation de cette micro-édition. Les conseils des deux relecteurs anonymes chargés de l’évaluation ont été extrêmement précieux et hautement appréciés. Je tiens, par ailleurs, à remercier mes collègues boursiers du Schomburg Center pour leurs encouragements et leurs suggestions, ainsi qu’au directeur du programme, Brent Hayes Edwards, pour sa bienveillance et ses remarques constructives sur les différentes versions. Enfin, mes remerciements les plus vifs vont à Laure Demougin, Pratima Prasad et Grégory Pierrot pour leur soutien, leur lecture attentive et leurs précieux conseils tout au long de ce projet.

§Notes

§Footnotes

  1. Victor Schoelcher, une figure majeure de l’abolitionnisme sous la Monarchie de Juillet, a généralement préconisé une approche gradualiste pendant la période de publication de la Revue. Nommé sous-secrétaire d’État aux colonies au sein du gouvernement provisoire de la IIème République, il préside la commission d’abolition de l’esclavage, et rédige le décret du 27 avril 1848, qui abolit définitivement l’esclavage dans les colonies françaises. Sa rivalité personnelle avec Bissette a largement contribué à l’exclusion de ce dernier du processus législatif de cette seconde abolition. Pour une analyse détaillée de la relation entre Schoelcher et Bissette, voir Chris Bongie, « A Street Named Bissette: Assimilating the Cent-Cinquantenaire of the Abolition of Slavery in Martinique (1848–1998) » dans Friends and Enemies, vol. 3 (Liverpool: Liverpool University Press, 2008), 185–220, ainsi que Léo Ursulet, « Cyrille Bissette et Victor Schœlcher », Humanisme 388, no. 2 (2010) : 91–100. Pour une contextualisation des revendications abolitionnistes de la Revue dans les discours antiesclavagistes contemporains, voir François Manchuelle. « Le rôle des Antillais dans l’apparition du nationalisme culturel en Afrique noire francophone », Cahiers d’Études Africaines 32, no. 127 (1992) : 375‑408 ; Nelly Schmidt, Abolitionnistes de l’esclavage et réformateurs des colonies, 1820–1851 (Paris : Karthala, 2000). ↩

  2. Voir Pascal Berthier, « Miroirs des littératures du monde : les revues parisiennes, 1830- 1835 », Romantisme, no. 89, 1995 ; Thomas Loué, « La revue », dans Dominique Kalifa, Philippe Régnier et Marie-Ève Thérenty, dirs., La civilisation du journal : Histoire culturelle et littéraire de la presse française au xixe siècle (Paris : Nouveau Monde, 2011), 333–57 ; Yannick Portebois et Dorothy E. Speirs, Entre le livre et le journal, vol. 1 (Lyon : ENS Éditions, 2013). ↩

  3. La nouvelle « Le Mulâtre » du louisianais Victor Séjour, parue dans la livraison de mars 1837, reconnue comme première œuvre de fiction publiée par un écrivain afro-américain identifié a fait l’objet d’une édition commentée, voir Séjour, Le Mulâtre : Suivi de La tireuse de cartes, éd. Lydie Moudiléno (Paris : L’Harmattan, 2014). La nouvelle apparaît également en traduction anglaise dans plusieurs éditions de la Norton Anthology of African American Literature. Le récit « Moeurs coloniales. Esquisses » de Mme Letellier, publié dans la Revue entre août et décembre 1835, figure dans l’édition commentée Deux récits guadeloupéens de 1833 : Mme Letellier, Moeurs coloniales. Esquisses suivi de Eugène Chapus, La Falaise-Blanche, éd. Barbara Cooper (Paris : L’Harmattan, 2021). La nouvelle d’Ignace Nau, « Isalina », publiée dans la Revue entre juillet et september 1836, figure dans l’édition commentée Échos de Saint-Domingue : Nouvelles du dix-neuvième siècle, éd. Grégory Pierrot (Paris : L’Harmattan, 2020). La nouvelle Le projet de loi de 1835 pour l’abolition immédiate, a été republié dans Nelly Schmidt, Abolitionnistes de l’esclavage et réformateurs des colonies 1820–1851 (Paris : Karthala, 2001), et Jessica Balguy, Indemniser l’esclavage en 1848 ? Débats dans l’empire français du XIXe siècle (Paris : Karthala, 2020). ↩

  4. Marlene Daut, « About : La Gazette Royale d’Hayti », La Gazette Royale d’Hayti, http://lagazetteroyale.com/ (consulté le 17 mai 2021). ↩

  5. Voir Chris Bongie, Islands and Exiles : The Creole Identities of Post/Colonial Literature (Stanford, CA : 1998, 264–87) ; Juliane Braun, Creole Drama (Charlottesville : University of Virginia Press, 2019, 138‑64); Anna Brickhouse, Transamerican Literary Relations and Nineteenth-Century Public Sphere (Cambridge : Cambridge University Press, 2004) ; Kelly Duke Bryant, « Black but Not African : Francophone Black Diaspora and the Revue des Colonies, 1834–1842 », International Journal of African Historical Studies, 40, no. 2 (2007) : 251‑82; Lawrence C. Jennings, « Slavery and the Venality of the July Monarchy Press.» French Historical Studies 17, no. 4 (1992) 957–78; Sara E. Johnson, The Fear of French Negroes : Transcolonial Collaboration in the Revolutionary Americas, (Berkeley : University of California Press, 2012) ; Stella Pâme, Cyrille Bissette, Un Martyr de la Liberté (Fort-de-France : Éditions Emile Désormeaux, 1997). ↩

  6. Kim Gallon, « Making a Case for the Black Digital Humanities », Debates in the Digital Humanities 2016. https://doi.org/10.5749/j.ctt1cn6thb.7. ↩

  7. Kelly Baker Josephs et Roopika Risam, The Digital Black Atlantic (Minneapolis : University of Minnesota Press, 2021), https://muse.jhu.edu/book/84470. ↩

  8. La contestation des pratiques mémorielles magnifiant la figure de Victor Schoelcher au détriment d’autres acteurs de la lutte contre l’esclavage est amorcée dès 1948, avec l’intervention d’Aimé Césaire à la cérémonie de pour le centenaire de l’abolition tenue à la Sorbonne le 27 avril 1948. Aimé Césaire, « Victor Schœlcher et l’abolition de l’esclavage », dans Esclavage et colonisation (Paris : Presses universitaires de France, 1948), 20. Sur la pérennité et la reconnaissance des actes de résistance des populations colonisées et esclavisées voir, entre autres, Marie-José Jollivet, « La construction d’une mémoire historique à la Martinique : du schœlchérisme au marronisme », Cahiers d’études africaines 27, no. 107–108 (1987) : 289–309 ; Nelly Schmidt, « Abolition de l’esclavage : entre mythes et réalités », Africultures 67, no. 2 (2006), 18‑24 ; Dominique Rogers, dir., Voix d’esclaves : Antilles, Guyane et Louisiane françaises, XVIIIe -XIXe siècles (Paris : Karthala, 2015), 13, ainsi que les nombreux travaux entrepris par le Centre international de recherches sur les esclavages (CIRESC), sous la direction de Myriam Cottias. ↩

  9. Christophe Charle, Le Siècle de la presse : 1830–1939 (Paris : Editions du Seuil, 2004). ↩

  10. Benedict Anderson Imagined Communities : Reflections on the Origin and Spread of Nationalism, rev. ed. (Londres : Verso, 2006). ↩

  11. Dominique Kalifa, Philippe Regnier, Marie-Ève Thérenty, and Alain Vaillant. La civilisation du journal : Histoire culturelle et littéraire de la presse française au XIXe siècle (Paris : Nouveau Monde, 2011). ↩

  12. Claude Bellanger, Jacques Godechot, Pierre Guiral, et Fernand Terrou, Histoire générale de la presse française, vol. 2 (Paris : Presses Universitaires de France, 1969), 108. ↩

  13. Marie-Ève Thérenty et Alain Vaillant, 1836, l’an I de l’ère médiatique (Paris : Nouveau monde éditions, 2001). ↩

  14. Laure Demougin, L’empire de la presse : Une étude de la presse coloniale française entre 1830 et 1880 (Strasbourg: Presses universitaires de Strasbourg, 2021). ↩

  15. Ces deux lois sont parfois communément désignées de l’appellation « Charte coloniale ». Voir Nelly Schmidt, L’engrenage de la liberté : Caraïbes – XIXe siècle (Aix-en-Provence : Publications de l’Université de Provence, 1995) ; Silyane Larcher, L’autre citoyen : L’idéal républicain et les Antilles après l’esclavage (Paris : Armand Colin, 2014), 114–17. ↩

  16. Revue des Colonies, juillet 1834, 11. ↩

  17. L’expression « hommes de couleur » se réfère, dans le contexte de l’esclavage transatlantique, à la catégorie de gens de couleur libres ou libres de couleur comprenant les descendants nés libres d’unions interraciales et les personnes émancipées. L’usage que la Revue fait de ce terme remet en question et élargit cette signification antérieure: une fois l’égalité civile et politique de tous citoyens libres et affranchis proclamée, le principe veut qu’il n’y ait « plus d’hommes de couleur » mais « que des Français », comme n’a de cesse de le rappeler la Revue (août 1834, p. 10). Cependant, un ensemble d’ordonnances locales, alors appelé « préjugé de couleur », maintient l’inégalité entre blancs et personnes de couleur libres. Voir Larcher, L’autre citoyen, et Frédéric Régent, « Préjugé de couleur, esclavage et citoyennetés dans les colonies françaises (1789–1848) », La Révolution française, 17 novembre 2015, no. 9, http://journals.openedition.org/lrf/1403. Sur la catégorie de « gens de couleur libre » voir, notamment, Abel A. Louis, Les Libres de couleur en Martinique, 3 vols (Paris : L’Harmattan, 2012) et Frédéric Régent, Esclavage métissage liberté : La Révolution française en Guadeloupe 1789–1802 (Paris : Grasset, 2004). ↩

  18. Revue des Colonies, juillet 1834, 3. ↩

  19. Johnson, The Fear of French Negroes, 185. ↩

  20. Chris Bongie, « “C’est du papier ou de l’Histoire en marche?” : The Revolutionary Compromises of a Martiniquan homme de couleur Cyrille‐Charles‐Auguste Bissette », Nineteenth-Century Contexts 23, no. 4 (janvier 2002) : 450; Marlene L. Daut, « ‘Black’ Son, White’ Father : The Tragic ‘Mulatto/a’ and the Haitian Revolution in Victor Séjour’s ‘Le Mulâtre’ », Tropics of Haiti (Liverpool : University Press. 2015), 348. ↩

  21. Sur l’affaire Bissette voir, notamment, Eric Mesnard, « Les mouvements de résistance dans les colonies Françaises: l’affaire Bissette, 1823–1827 », Les abolitions de l’esclavage de L. F. Sonthonax à V. Schoelcher, ed. Marcel Dorigny (Paris : UNESCO, 1995) ; Rebecca Hartkopf Schloss, « ‘Your French and Loyal Hearts’ : The First Decade of the Restoration », Sweet Liberty : The Final Days of Slavery in Martinique (Philadelphia : University of Pennsylvania Press, 2011). ↩

  22. Revue des Colonies, juillet 1834, 13. ↩

  23. L’image, légende comprise, est dérivée d’un médaillon conçu par Josiah Wedgwood comme sceau officiel du Comité de Londres de la Société pour l’abolition de la traite en 1787 et circulant en France, dès 1788, sur les imprimés de la Société des amis des noirs. ↩

  24. Revue des Colonies, juillet 1835, 6. ↩

  25. Voir Lawrence C. Jennings, « Slavery and the Venality of the July Monarchy Press », French Historical Studies 17, no. 4 (1992) : 957–78. ↩

  26. Christopher L. Miller, « Forget Haiti : Baron Roger and the New Africa », The French Atlantic Triangle : Literature and Culture of the Slave Trade (Durham : Duke University Press, 2008), 246–73 ; Grégory Pierrot, The Black Avenger in Atlantic Culture (Athens : The University of Georgia Press, 2019), 130. ↩

  27. Revue des Colonies, juillet 1835, 6. ↩

  28. Anna Brickhouse, Transamerican Literary Relations and Nineteenth-Century Public Sphere, 87. ↩

  29. Kelly Duke Bryant, « Black but Not African », 260. ↩

  30. Dans une lettre datée de mai 1836 depuis l’île de Bourbon (actuelle Réunion), Louis-Timagène Houat relate l’intimidation dont ont été victimes le distributeur et le correspondant de la Revue et propose de remplacer ce-dernier dans ses fonctions, tout en étant lui-même emprisonné pour incitation à l’insurrection (Revue des Colonies, july 1836, 118–120). L’arrestation et le procès de Houat et de ses co-conspirateurs présumés sont chroniqués dans la Revue, sous l’appellation affaire Houat, lors de l’année 1836–1837. Voir Pratima Prasad, « Colour and Conflict in Nineteenth-Century Île Bourbon : the Case of the Affaire Houat », Dix-Neuf 24, no. 1 (2 janvier 2020) : 1–16. ↩