Revue des Colonies V.2 N°1 (selection in original French)Maria Beliaeva Solomon2023Scholarly Editing : The Annual of the Association for Documentary
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EditingCo-Editor in ChiefNoelle BakerKathryn TomasekADE Director of Publications and Consulting EditorSilvia GlickManaging EditorRobert RiterTechnical EditorMicro Editions EditorRaffaele Viglianti402167-1257Revue des Colonies,
vol 2no. 1,
1-11.
Bureau de la Revue des Colonies,
(Paris :
July 1835).
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REVUEDESCOLONIESRECUEIL MENSUEL DE LA POLITIQUE, DE L'ADMINISTRATION, DE
LA JUSTICE, DE L'INSTRUCTION ET DES MOEURS COLONIALES,DIRIGÉ PARC.-A. BISSETTEC.-A. BISSETTE.2e année — n.1 — Juillet.
Ne suis-je pas un homme et votre frère ?....23PARIS, AU BUREAU DE LA REVUE DES COLONIES, 28, RUE LOUIS-LE-GRAND.1835.
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REVUE DES COLONIES2e ANNÉE. JUILLET 1835. N° 1.De l'abolition de l'esclavage par la Convention nationale.— Projet de loi pour
l'abolition de l'esclavage.— Enquête sur les colonies, Vote de la dernière loi sur
les colonies.— Question électorale.— FRANCE. Chambre des députés. Discussion du budget de la
marine et des colonies.— Du vote de la loi relative à la législation criminelle.Chambre des pairs.— Discussion sur la loi du crédit supplémentaire de 650,000
francs accordé au ministre de la marine et des colonies.— Colonies étrangères.
Bermudes. Barbade.—Nouvelles diverses.— Variétés.— Biographie.— Poésie.— Bibliographie.24DE L'ABOLITION DE L'ESCLAVAGE PAR LA CONVENTION NATIONALE. — PROJET DE LOI DE LA
REVUE DES COLONIES. L'esclavage, qui tend à s'effacer complétement et sous toutes ses formes des
sociétés humaines, et dont l'abolition par voie législative dans nos colonies ne
saurait tarder beaucoup à s'accomplir, fut une fois déjà mis hors la loi, avec une
admirable spontanéité, par la Convention nationaleConvention nationale.
La Convention nationale ne recula pas d'une heure cette juste réparation, et du
moment que la question lui eut été soumise, elle la résolut sans désemparer dans
le sens de la révolution et de l'esprit philosophique du dix-huitième siècle ; pour
mieux dire cela ne fit pas question pour elle. Dans les premières préoccupations
de 89, on n'avait fait que songer un moment aux colonies. On avait été au plus
pressé en appelant les hommes de couleur libres à la jouissance des droits de
citoyen. Aux colonies mêmes, la question, bien que dominant comme aujourd'hui le
fond des choses, fut tenue autant que possible hors de la discussion par une sorte
d'appréhension et d'effroi vague de l'avenir. Cependant la révolution française avait marché. Les idées nouvelles répandues par
la presse, propagées par la parole, avaient traversé les mers25 ; les Antilles françaises étaient elles aussi travaillées de l'esprit nouveau.
En général pourtant, ce n'était guère qu'entre les blancs que s'étaient formés des
partis. Aux colonies
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comme en France il y avait des révolutionnaires,
et des contre révolutionnaires, des partisans de la royauté et des partisans de la
démocratie. Le drapeau tricolore était apparu aux uns comme un signe odieux, comme
un signe glorieux aux autres ; ceux-ci étaient les plus nombreux, ceux-là les plus
riches. De là des divisions, des partis ; une mésintelligence sourde entre ceux qui
se cramponnaient désespérément aux privilégesprivilèges du passé, et ceux que le souffle de la liberté nouvelle avait touchés en
passant les mers. Le débat n'était encore qu'entre eux. De la libération des
esclaves, pas un mot clair et net, comme si les droits de l'homme n'eussent pas
été proclamés et que la Bastille n'eût pas été prise. De quelque nom que
s'appelassent les colons, républicains ou royalistes, il n'en était point que la
raison du siècle amenat à tirer des principes qu'ils réclamaient pour eux, une
conclusion favorable à la liberté de l'autre race ; la distinction de couleur
subsistait, l'esclavage était l'arche sainte à laquelle nul ne songeait à
toucher.Cependant l'œuvre contre-révolutionnaire avançait, l'AngleterreAngleterre alors à la tête du mouvement rétrograde nous attaquait
partout dans les deux mers. Maîtresse de la MartiniqueMartinique, mal défendue par ses habitans, dont plusieurs, et des
plus hauts placés, furent traîtres à la patrie (1)26,
l'Angleterre avait vainement essayé de conquérir plusieurs autres points,
notamment la GuadeloupeGuadeloupe et Saint-DomingueSaint-Domingue. Saint-Domingue toutefois était sérieusement
menacée. A la première nouvelle du danger, la Convention nationale y envoya deux
de ses membres pour y organiser la défense : ils n'y trouvèrent que la
démoralisation.Dans les plus périlleuses circonstances, les commissaires eurent recours à une
grande mesure de salut public, toute conforme à la(1) M. le chevalier Dubuc, qui alors était à la tête du comité colonial à la
Martinique, passa furtivement à l'île de la Dominique, d'où il s'embarqua pour
l'Angleterre, et revint avec l'amiral anglais Gardener tenter la conquête de la
Martinique. Cette expédition, qui fut repoussée avec désavantage, ne découragea
pas M. Dubuc ; il retourna en Angleterre, et parvint à déterminer le
gouvernement Britannique à lui accorder, ainsi qu'à M. de Clairfontaine, député
de la Guadeloupe, de nouvelles forces pour la conquête de la Guadeloupe et de
la Martinique. Une escadre, sous les ordres de l'amiral Jervis, et une armée
aux ordres du général Grey, s'emparèrent de la Martinique en 1794. La
Guadeloupe tomba ainsi au pouvoir des Anglais, mais ils en furent chassés
quarante jours après.
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nature de leur mission et dont ils prirent sur eux toute la responsabilité : ils
appelèrent à la liberté les esclaves. Les esclaves se portèrent en foule à la
défense de la colonie, et dès lors les noirs furent acquis à la grande cause de la
république française. Sur ces entrefaites, se fit à Saint-Domingue une élection à laquelle prirent
part toutes les classes de la population sans distinction de couleur. DufahyDufahy, homme de courage et de cœur, qui avait montré
dans l'administration de ses propriétés à Saint-Domingue une sympathie non
équivoque pour la race opprimée, fut un des députés nommés en cette occasion. A peine la Convention nationale eut-elle connaissance des actes de PolverelPolverel et de SonthonaxSonthonax,
ses commissaires, en ce qui concernait les esclaves, qu'elleselle les approuva ; elle y reconnut son génie. Et sur l'heure, aux
applaudissemens de l'immortelle assemblée, fut prononcé séance tenante, sur la
demande de Dufahy, non-seulement l'affranchissement de la race noire tout entière,
mais encore sa réintégration dans la grande famille nationale.27 Ainsi se manifesta, au premier appel à l'égard des noirs, l'esprit de justice de
la révolution française ; et la réintégration des droits de l'homme entreprise par
elle contre tous les obstacles, sembla un moment consommée pour toujours. Ce fut au mois de février 1794 que la Convention nationale rendit le mémorable
décret qui abolissait l'esclavage dans toute l'étendue des colonies françaises ;
décret qu'on devait croire à jamais irrévocable. La République française n'eut qu'à se louer des effets de cette mesure, glorieuse
entre toutes celles qu'elle prit dans l'intérêt de l'oeuvre de régénération à
laquelle elle procédait d'un esprit si résolu et avec une si ferme volonté. La
liberté s'établit par suite, de fait et de droit, dans celles de nos colonies dont
l'Angleterre n'était pas parvenue à s'emparer. L'affranchissement des noirs eut pour premier résultat de conserver à la France
sa plus riche colonie, Saint-Domingue. Libres, les noirs de Saint-Domingue, qu'il
eût été peu surprenant de trouver tout autres au sortir de l'avilissant esclavage,
donnèrent d'éclatantes preuves de leur bonne volonté, et de leur aptitude à tous
les genres de travaux. Sous ce régime régénérateur, la colonie s'organisa, les
ateliers furent tous en activité, la culture devint
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florissante. Cet
état de choses dura, non sans progrès remarquables, jusqu'en 1802, époque où
NapoléonNapoléon, égaré par la fatalité de ses idées
illibérales, tenta de rétablir l'esclavage là où la Convention nationale l'avait
fait disparaitre. Il faut voir dans l'excellent ouvrage de M. Macaulay sur
Haiti28 les curieux détails de cette émancipation, en
quelque sorte improvisée, de la race noire dans la plus considérable de nos
possessions coloniales de cette époque. L'ouvrage de M. Macaulay est rempli
non-seulement de faits ignorés sur la guerre de l'indépendance en HaitiHaiti, mais
encore d'irrécusables témoignages contre les erreurs propagées avec la plus
indigne mauvaise foi par les ennemis de la cause des noirs. Il y prouve victorieusement que les plus grands désastres furent le résultat du
retour à l'esclavage en 1802, entrepris hors de toute raison et de toute nécessité
par le premier consul. L'armée française, combattant pour une mauvaise cause, fut vaincue et périt. Les
noirs demeurèrent maîtres du sol, et y jetèrent les fondemensfondements de l'état social dont ils jouissent aujourd'hui, état social fort
supérieur à celui de beaucoup de nations européennes prétendues civilisées29. Le problème du travail libre aux Antilles fut par là résolu,
et aujourd'hui l'exemple des colonies anglaises émancipées a dû convaincre les
plus stupides de la fausseté et de l'infamie des assertions des colons contre les
noirs. Ce qui fut décrété par la Convention nationale en 1794, pour les possessions
françaises, établi par la force des choses à la suite des guerres de
l'indépendance de Saint-Domingue, ce qui vient d'être organisé aux colonies
anglaises, à savoir : l'affranchissement des noirs et le travail libre, nous le
revendiquons aujourd'hui au meilleur des titres, au nom des principes et de la
nécessité, et nous voulons l'établir par la raison et selon une loi de justice et
de réparation, dans le plus bref délai30. C'est pourquoi, voulant aider autant qu'il est en nous à l'accomplissement de
l'oeuvre parlementaire et sociale que nous provoquons, nous avons cru devoir
formuler et donner un projet de loi sur l'abolition de l'esclavage, telle qu'elle
est dans nos voeux pour nos compatriotes, et conforme, croyons-nous, aux
véritables principes qui doivent régir la matière31.
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PROJET DE LOI POUR L'ABOLITION DE L'ESCLAVAGE DANS LES COLONIES
FRANCAISES. Considérant que l'esclavage est contraire à toutes les lois divines et humaines ;
qu'il n'a pu être établi que par la violence, l'injustice et l'oubli du plus
imprescriptible des droits de l'homme, celui de disposer de soi, de sa personne et
de son travail selon sa volonté, autant que cette volonté ne nuit pas aux droits
d'autrui, ce qu'il appartient à la loi seule de déterminer ; considérant que
l'esclavage est non seulement une usurpation de l'homme part l'homme, que la
morale ne saurait tolérer plus long-temps, mais encore une source intarissable de
malheurs, de troubles et d'embarras de toute nature pour les peuples chez lesquels
il existe ; que, d'ailleurs, l'expérience a suffisamment démontré que partourt où
l'esclavage subsiste, le développement de la civilisation n'a pu avoir lieu que
dans le sens matériel, et qu'il implique le mépris des vrais principes de la
morale sociale ;Par toutes ces causes, etc. ARTICLE PREMIER. L'esclavage est aboli dans toutes les possessions
françaises d'outre-mer.Tous les habitanshabitants des colonies françaises, sans distinction de couleur, sont déclarés
libres et égaux en droits.32ART. 2. Ils jouissent en conséquence de tous les droits de famille, civils et
politiques, au même titre que les autres citoyens français, conformément à la
loi.ART. 3. La nature et la quotité du salaire entre les cultivateurs et les
propriétaires seront réglées par le gouvernement de la métropole.ART. 4 Il sera créé, dans toutes les communes des différentes colonies
françaises, des écoles gratuites pour l'instruction civile et religieuse des
cultivateurs. Cette instruction sera obligatoire pour tous ceux qui n'auront point
atteint l'âge de 21 ans.33
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ART. 5. Un code spécial dit code de culture réglera tout ce qui regarde les
détails et l'exécution de la présente loi.ART. 6. Toutes les lois et ordonnances, tous les réglemens quelconques, qui
ont rapport à l'esclavage, sont dès à présent et demeurent annules et abrogés.Cette loi n'est qu'une loi de principes ; et sous ce rapport elle nous semble
établir, d'une manière nette et précise, les bases sur lesquelles devra porter le
code réglementaire des colonies. Les six articles qui précèdent ne sont, en
quelque sorte, que la charte sociale promulguée aux colonies par le gouvernement
français. Si nous n'entrons pas dans l'examen des différentes questions que peut
soulever l'établissement de ces nouveaux principes, nos lecteurs trouveront les
motifs de ce silence dans l'article qui suit celui-ci, et qui a pour titre :
Enquête sur les colonies.Nous allons nous expliquer ici sur un seul poin t, celui de la dignité que les uns
veulent accorder et que d'autres refusent aux propriétaires d'esclaves. Nous n'en
avons rien dit dans la loi constitutive de l'état social des colonies, et voici
pourquoi :Entre le maître et l'esclave il ne peut pas être question d'indemnité34. Si l'on voulait absolument en établir une, ce serait le
maître qui la devrait à l'esclave, pour réparation de la violence physique et
morale qu'il a exercée contre lui35.Le principe de l'indemnité ne peut être débattu qu'entre la société française et
les propriétaires coloniaux. Prouvons que si la France accordait une indemnité, ce
serait de sa part un pur acte de libéralité, dont, par conséquent, elle peut très
bien s'abstenir.La liberté ne se vend ni ne s'acquiert. Elle existe à tout jamais, partout et pour
tous. On ne la perd pas plus sous le fouet d'un maître qu'on ne l'achète à beaux
deniers comptans ; et cette façon de l'acquérir porte plus d'atteinte à son
principe que les violences matérielles qui la font perdre de fait, parce que
celles-ci laissent le droit intact. Aussi le mot d'indemnité est-il celui que nous
avons banni avec le plus de soin d'un projet de loi de principes sur l'abolition
de l'esclavage36.
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Cette loi n'est donc point une dépossession, une expropriation, pour cause
d'utilité publique ; c'est au contraire la négation de l'état de propriété, auquel
elle met fin. C'est le rétablissement du droit, une véritable restauration cette
fois : sous ce rapport, l'indemnité serait immorale. Considérez-la sous le point
de vue purement matériel ; les colons demanderaient à la France une indemnité,
fondée sur quoi ? sur la perte réelle qu'ils éprouvent ; que perdent-ils donc ? le
prix d'achat et le fruit du travail des esclaves ? ni l'un ni l'autre ; même dans
l'hypothèse la plus favorable aux propriétaires d'esclaves, le prix d'achat doit
être mis hors de la question pour le plus grand nombre, puisque la traite est
abolie depuis long-temps,longtemps, et qu'on serait mal fondé à venir se prévaloir de la violation de la
loi en demandant justice. Du reste, le prix d'achat d'un esclave n'est autre chose
qu'une espèce de droit d'importation payé afin de pouvoir tirer parti du travail
de la denrée importée. Ce travail est le seul et unique profit des
maîtres. Il ne faut pas compter l'industrie particulière de chaque esclave parce
que sous ce régime elle s'exerce sur des objets de trop peu d'importance ; qu'elle
est trop restreinte ; que l'intelligence, abrutie par la servitude, et l'ignorance
qui en est la suite nécessaire, est sans force, sans aiguillon, sans élémens,éléments, et que le petit pécule acquis par l'esclave lui est souvent abandonné
par le maître37. Mais disons en passant que cette industrie,
outre les travaux de la campagne, sera certainement un des moyens de prospérité
des colonies lorsqu'elle sera pratiquée par des mains libres et dirigée par des
intelligences cultivées. Le maître ne retire donc qu'un seul profit, soit de l'esclave qu'il achète, soit
de celui qui naît sur ses domaines, le travail ; et ce profit lui impose un assez
grand nombre de dépenses : la nourriture, les vêtemens,vêtements, les soins de toute espèce pour la conservation de ses esclaves.Eh bien les colonies sont constituées de telle sorte que les maîtres, quels que
soient leurs droits, ne pourront pas se dispenser de faire travailler la terre par
leurs anciens esclaves, et que ceux-ci devenus libres, n'en seront pas moins
cultivateurs. Le droit change, mais le fait ne changera point, le maître ne perd
rien ; ce que lui coûtait le travail de ses anciens esclaves sera remplacé par le
salaire qu'il donnera à des cultivateurs. Qu'il ne vienne pas dire que l'esclave
qu'on
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soustrait à sa domination, lui a coûté 1500 et 2000 francs ; car
il a payé ce prix et d'autres dépenses pour profiter d'un travail qu'il obtiendra
toujours de la volonté de l'ouvrier. Le salaire remplace un grand nombre de soins
et de dépenses, et si, tout compté, il y a augmentation, c'est là le sort de
toutes les industries modernes.Qui ne voit maintenant qu'en indemnisant les anciens propriétaires, l'état
emploierait 200 millions à réparer un mal chimérique. Nous avons voulu laisser un
moment les principes de côté, mais quand il serait vrai que la dépossession du
maître fût pour lui une perte matérielle d'argent, cela ne lui donnerait pas plus
de droit à être indemnisé ; car il n'y a pas de droit contre le
droit.On objectera à ceci ce qu'un délégué a déjà dit à la tribune : « Les noirs devenus
libres ne travailleront plus, les propriétaires perdront, les noirs n'y gagneront
rien, les colonies périront ; tout cela sans avantage pour personne. » Erreur ! les
sociétés ne périssent point ; elles se transforment ; les noirs travailleront comme
cultivateurs et pour deux raisons : pour ne pas mourir de faim eux-mêmes, et dans
l'espoir d'avoir aussi un coin de terre. Ils travailleront mieux qu'auparavant, et
leur culture, améliorée dans l'intérêt des propriétaires, permettra aux
cultivateurs et ouvriers d'exercer avec succès l'activité de leur imagination
industrielle. Observez d'ailleurs que dans tout ce qui a rapport aux colonies,
nous demandons toujours un arbitre, la France. Nous ne concevons rien sans ce
pouvoir modérateur ; car enfin nous ne contestons pas les difficultés que peut
présenter la transition de l'ancien au nouvel état produit par l'abolition de
l'esclavage ; mais ce n'est pas une raison pour ajourner indéfiniment la
question38.Avec l'aide du gouvernement français, les colonies peuvent se réformer et vivre
sans dommage pour aucune portion de leurs habitans. Sans cette intervention, elles
ne périront point sans doute, en tant que sociétés humaines, mais elles périront
comme sociétés européennes. Il viendrait un jour où commencerait une lutte
inévitable, terrible, et où la force déciderait du droit. Il ne faut pas croire,
en fermant les yeux, faire disparaître ce qui choque les regards, et que les faits
cessent d'exister par cela seul qu'on n'en parle point. La race intermédiaire des
colonies est le lien nécessaire entre l'ancien et le nouvel ordre, la clé de voûte
du nouvel édifice social39. Construire sur une base légale,
réformer sans vio
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lence, réparer sans dommage, tel est notre but. Il
peut être accompli sous le patronage de la France, disons plus, il ne peut être
accompli qu'avec l'aide de la France.